Près d’une mairie sur deux envoie les données de ses visiteurs aux États-Unis

En avril dernier, nous présentions une étude montrant que l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle ne respectaient pas la loi relative à l’utilisation des cookies en analyse d’audience : https://ronan-chardonneau.fr/cookie-gate/. Dans cette nouvelle étude, nous nous sommes intéressés aux solutions d’analyse d’audience utilisées sur les sites des mairies.Imaginez le scénario suivant : une entreprise française collecte les données relatives aux internautes américains qui visitent les sites des villes suivantes : Phoenix, San Antonio, San Diego, Dallas, San José, Jacksonville… avouez que cela serait hallucinant, non ? Et pourtant, c’est exactement ce qui arrive en France.

Parts de marché des solutions d'analyse d'audience sur les sites des mairies

Résultats de l’étude sur les parts de marché des solutions d’analyse d’audience sur les sites internet des mairies

Aucune solution : cela signifie que notre analyse n’a relevé, parmi Google Analytics, Piwik et AT Internet, aucune solution logicielle permettant d’analyser le comportement des internautes.

  • Google Analytics : solution gratuite mais propriétaire, appartenant à l’entreprise Google. Les données collectées sont hébergées aux États-Unis.
  • Piwik : solution gratuite et libre ; les données sont collectées et hébergées sur le serveur désiré par la mairie, très souvent celui de la mairie.
  • AT Internet : solution payante et propriétaire appartenant à une entreprise française. Les données sont hébergées sur le territoire français.
  • GTM : Google Tag Manager, solution gratuite et propriétaire permettant de regrouper plusieurs solutions d’analyse d’audience.

Cette étude a pour objectif de faire un état du marché des mairies françaises qui envoient les données de leurs visiteurs aux États-Unis en contrepartie d’un service gratuit, celui de Google Analytics. Nous avons voulu montrer à quel point il est incohérent d’utiliser une technologie américaine sur un site de service public français.

Qu’une entreprise privée utilise une technologie américaine, il n’y a pas vraiment d’ambiguïté, car c’est son choix, tout comme pour une association. Mais qu’une collectivité locale utilise une technologie américaine alors qu’elle a la possibilité d’utiliser des alternatives soit libres, soit françaises, dont les données seraient hébergées en France, nous paraît discutable.

Méthodologie de travail

Nous avons pris la base de données sur https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/url-des-sites-publics/. De cette base de données, nous avons extrait le code pivot de l’organisme qui avait pour valeur « mairie ». La base de données nous a sorti 13 562 sites.

Sur ces 13 562, nous avons retiré les doublons et obtenu 13 419 sites internet. L’INSEE parle de 36 529 communes en France en 2017. Sur notre base de 13 419 sites, nous les avons tous passés à Xenu, un logiciel permettant de savoir si le site est toujours accessible ou non. Il en est ressorti que seuls 8 718 sites étaient valides et 4 701 inaccessibles. Notre analyse porte donc sur les 8 718 sites fonctionnels à la date du 06/06/2017, soit 23,86 % des sites internet des communes. Notre analyse porte donc sur un quart des sites des mairies de France. Vous trouverez ci-dessous la liste en question :

Une fois notre script passé sur l’ensemble des sites, seuls 8 639 sont ressortis.

Que fait notre script ?

Notre script n’est pas infaillible : il regarde simplement le code source des pages d’accueil du site internet indiqué et, s’il trouve l’un des éléments suivants, il comptabilise 1 point :

  • google-analytics ;
  • piwik.php ;
  • googletagmanager ;
  • xiti.

Si ces éléments ne sont pas trouvés, alors aucun point n’est comptabilisé. Nous avons remarqué que cette méthode n’est pas infaillible : certains sites qui utilisent Google Analytics, Piwik, Google Tag Manager ou Xiti AT Internet n’ont donc pas été comptabilisés.

Les résultats de l’analyse

  • 8 639 sites internet de mairies ont été analysés ;
  • 4 044 sites internet de mairies utilisent Google Analytics, soit 46 % !!! ;
  • 308 sites internet de mairies utilisent Piwik, soit 3,5 % ;
  • 61 sites internet de mairies utilisent Google Tag Manager, soit moins de 1 % ;
  • 60 sites internet de mairies utilisent AT Internet, soit moins de 1 % ;
  • 49 % des sites des mairies ne semblent pas avoir de solution d’analyse d’audience.

Quelles sont les mairies qui envoient les données aux États-Unis ?

Vous trouverez ci-dessous le fichier indiquant les résultats de notre étude.

Une comparaison avec l’Allemagne

À titre de comparaison, nous avons pris un petit échantillon de villes allemandes, soit 91 villes prises sur la page suivante :

et la différence est assez flagrante :

Comparaison des solutions d'analyse d'audience entre villes françaises et allemandes

En effet, il semblerait que plus de la moitié des sites des villes en Allemagne hébergent les données sur leurs propres serveurs. Seuls 13 % des sites de notre échantillon envoient des données aux États-Unis.

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